Le visage de pierre ¤ William Gardner Smith

Je dois avouer que ce que je recherche dans un livre, et surtout en ce moment, c’est l’écriture, et celle de William Gardner Smith dans Le visage de pierre me semblait au début du roman très simple. Pourtant, j’ai été complètement bouleversée. Ce livre doit être lu, en France surtout, par toute personne niant le racisme profond de la France. C’est d’ailleurs la première fois que ce roman est traduit en France (et le seul de l’auteur a n’avoir jamais été publié en France avant 2021). On peut donc remercier Christian Bourgois Editeur et le traducteur Brice Matthieussent (que l’on connaît comme traducteur fidèle de Jim Harrison).

Le-visage-de-Pierre

Sachant que l’auteur allait aborder le massacre du 17 Octobre 1961 j’ai attendu ce moment comme l’événement central du roman. Pourtant chaque rencontre, conversation ou pensée se déroulant avant et après est d’une importance cruciale. Et c’est la simplicité de l’écriture, la légèreté factice entourant le personnage principal qui assombrissent peu à peu la lecture : la violence est partout et elle s’amplifie peut-être encore plus dans le mensonge, le déni ou l’inaction.

Siméon s’exile à Paris dans les années 1960 pour fuir le racisme et la ségrégation qu’il vit à Philadelphie. Pourtant la France est bien loin d’être un pays dénué de racisme. S’il passe presque pour un homme blanc aux yeux des Français, Siméon découvre que sous son masque de lumière, Paris dissimule un antisémitisme profond, une haine des Arabes, des violences policières, passages à tabac et emprisonnements illégaux d’Algériens. 

Passant d’oisives journées en terrasses de cafés et clubs de jazz aux côtés d’exilés Américains, de jeunes Suédoises ou Polonaises, Siméon va faire la rencontre de deux Algériens, Ahmed et Hossein. Il découvrira le ventre noué ses nouveaux privilèges dans un pays où la police française n’hésite pas à matraquer hommes, femmes et enfants, si ceux-ci viennent d’Algérie. Les visages de pierre dans l’œil valide de Siméon viendront briser la figure insouciante et ingénue de Paris. 

William Gardner Smith, qui a lui-même vécu en France, lance un pavé dans la mare avec ce roman qui ébranle et bouleverse. Son écriture légère accentue les actes, fait gonfler les mots, esquisse les insultes et la haine devenus ordinaires, niés, figés. On entre dans le roman avec une certaine naïveté, on en ressort K.O. A lire. 


Le visage de pierre (The Stone Face) de William Gardner Smith, traduit par Brice Matthieussent pour les éditions Christian Bourgois Editeur (2021 en France, 1961 aux Etats-Unis). 


Pour en savoir plus sur la nuit du 17 Octobre 1961 : https://www.lemonde.fr/societe/article/2021/10/16/que-s-est-il-passe-le-17-octobre-1961-a-paris_6098617_3224.html

« En fin d’après-midi, au moins 20 000 Algériens – et jusqu’à 40 000 selon des estimations internes au FLN – gagnent ainsi la rue. Mais la manifestation est rapidement et durement réprimée par la police parisienne, échaudée par la diffusion de fausses informations faisant état de plusieurs morts et blessés parmi les forces de police. De nombreux manifestants sont tués : passés à tabac, dans la rue ou dans les centres d’internement vers lesquels ils étaient emmenés, jetés dans la Seine ou bien abattus par balle.

Lors de cette nuit sanglante, au moins 12 000 Algériens ont été arrêtés, et au moins 120 ont été tués – les estimations de certains historiens portant même le bilan à plus de 200 morts. »

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