L’éveil du rut II

 © Lune Vuillemin

Sur la croupe du plateau, inspirer l’air frais de Septembre que les troupeaux et les chiens ne respirent plus. Il fait encore jour et il n’y a personne sur le plateau recouvert de touffes de fétuque et de nard. Nous nous couchons sur le flanc de la roche encore chaude, nos regards se tournent vers la lisière du bois en contre-bas. Une biche paît, nous ne voyons que ses oreilles et le nuage de moucherons qui l’enveloppe. Il y a le silence, nos respirations qui cognent et cet air sévère de la femelle élaphe qui enfin se montre. Son faon apparaît, tapote le ventre de sa mère d’un mouvement tendre. Elle frissonne dans un rayon de soleil. Je passe un doigt imaginaire sur son dos, suis la ligne de son trait de fusain. Et ce son qui vient trembler en dedans. Un raire enroué qui roule au fond d’une gorge. C’est l’heure où les mésanges se taisent. Le cerf est là.

Lire la suite

Parce que l’oiseau, carnets d’été d’une ornithophile ¤ Fabienne Raphoz

IMG_20220121_102600

Ce livre m’a été conseillé par Florian du blog Le Dévorateur (que je vous conseille vivement!) à la suite d’un post où je parlais d’un autre ouvrage sur les oiseaux que je trouvais difficilement accessible pour une néophyte de l’ornithologie, ou un poil trop philosophique pour moi. Ni une ni deux j’ai commandé le dit bouquin, que j’ai avalé les jours suivant la réception.

Il faut dire que j’aime les carnets et que j’ai décidé il y a peu de répertorier les observations, faits et gestes des oiseaux visitant notre jardin ou le ciel au-dessus de village. C’est que, chaque année, je suis comblée par le passage des grues, des guêpiers ou des flamants roses qui vivent non loin. Plusieurs fois par an je croise le couple d‘ibis nichant je ne sais où au village et chaque jour depuis ma véranda je me régale d’observer le mâle Fauvette Mélanocéphale qui s’habitue à ma présence derrière la vitre et me toise de son regard écarlate, ou bien sa femelle grisonnante beaucoup plus timide, le couple de Rougequeues Noirs venus chercher insectes et chenilles sur le lit de fèves, près du compost ou dans les olives tombées au sol. Cette année, pour la première fois, une Mésange Bleue est passée par là, j’ai eu la chance d’observer une scène à mourir de rire: Mésange qui glisse comme un as du skateboard sur le pare-brise du camion. Monsieur Bergeronnette Grise est venu deux fois depuis Décembre, j’espère qu’il se plaira à Petit Versailles (doux nom donné à notre jardin que nos voisins de gauche et de droite trouvent très laid (comprendre: sauvage) c’est d’ailleurs ma voisine qui m’a donné l’idée en disant « C’est pas les jardins de Versailles ici!). Certes, non.

Lire la suite

Je suis pas la bête à manger ¤ Nathalie Constans

No Ouère: « de toute façon je suis triste comme un fleuve mort alors je vais le remonter. »

Le sous-titre de ce roman de Nathalie Constans est (début de la géographie), le livre lui-même va se confronter aux confins de la littérature, celle qui fait ce qu’elle veut et qui décape.

Je-suis-pas-la-bete-a-manger

Il y a No Ouère, gamine sauvage du fond du bois, le ventre jamais rassasié et le corps d’une chasseresse de lièvres aiguisé comme un couteau. Elle ne sait  ni écrire ni lire, et parle peu la langue des humains. Il y a Ozer, sorte d’elfe invisible de 32,5 centimètres, le visage tatoué de montagnes, de strates, de la peau des arbres et de la glace. Lui, il se déplace en tracteur et parle un franglais grandiloquent et truculent. Et puis Ubodie, rescapée des ruines de la société humaine, qui fait sauter sur sa langue des jurons et des pensées-vraies.

Lire la suite

¤ Je suis ce que je lis ¤ 2021

IMG_20201227_185255_503

Vu chez Fanny de Mes Pages Versicolores l’année dernière, j’avais adoré répondre au joli questionnaire poétique « Je suis ce que je lis » avec les titres de livres lus cette année, hop hop hop, voici la version 2021 (vous pouvez cliquer sur les titres bleus pour accéder aux chroniques): 

 

Décris-toi: La femme aux lucioles 

Comment te sens-tu? Faire Surface

Décris où tu vis actuellement: Le labyrinthe des jours

Lire la suite

Le seigneur des porcheries ¤ Tristan Egolf

814GZ-pxAtLJe ne sais pas par où commencer pour cette première chronique de 2022. Quelle lecture de dingue. Commençons peut-être par parler de l’auteur. Fils d’un journaliste et d’une peintre, Egolf grandit à Lancaster en Pennsylvanie. Il s’installe à Paris dans les années 90, à environ 20 ans. Il y écrit toute la journée et joue de la guitare dans des pubs ou dans les rues froides de la capitale. Il y rencontre Marie, la fille de Patrick Modiano. Ce dernier va l’adopter et surtout lire son premier manuscrit, écrit entre ses 23 et 25 ans. 600 pages écrites à la main, raturées, re-raturées dans lesquelles  les Modiano voient un chef-d’œuvre. Refusé par plus de cinquante maisons d’éditions américaines, Egolf sera publié en France par Gallimard, avant de faire son entrée sur la scène littéraire anglaise et américaine. Le seigneur des porcheries au sous-titre extraordinaire Le temps venu de tuer le veau gras et d’armer les justes est un succès.  Il retourne finalement dans cette ville qui l’a vu grandir où il écrit deux autres romans, Jupons et Violons et Kornwolf. En mai 2005, peu après avoir terminé Kornwolf, il se suicide chez lui.

Lire la suite